Beaux parents et Beaux enfants…une Belle relation ? 

Après avoir été composées, les familles d’aujourd’hui sont décomposées puis recomposées.

Il suffit d’écouter des jeunes parler à la sortie du lycée pour -même avec la meilleure volonté du monde-  y perdre son latin : entre la belle sœur qui n’est autre que la femme du frère et celle qui est une quasi sœur, voire demi sœur ou encore la belle mère qui est la deuxième femme du père et non la mère du fiancé….Bref il faut suivre !

En effet, de nos jours, non seulement le divorce ou la séparation ne sont plus rares, mais en plus les remariages ou recompositions familiales sont monnaies courantes. Ce qui ne veut pas dire que cela se passe aisément… loin de là ! Même si l’appellation « belle » qualifie et orne joliment les rôles et  places de chacun dans la nouvelle structure familiale, il ne faut pas mimer Candide en pensant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes recomposés.  

D’ailleurs replongeons nous un instant dans les jolis contes que l’on raconte à nos petits chéris pour leur apprendre la vie….Qui empoisonne Blanche Neige d’une horrible pomme ? Sa belle mère…rien que ça ! Qui martyrise et harcèle quotidiennement Cendrillon ? Ses belles sœurs, avec la bénédiction de la belle mère en plus ! Ah ! mais c’était il y a longtemps me direz vous, ce n’est plus le cas maintenant !… Bien sur et heureusement ! 

Toutefois, le monde des familles recomposées est plein d’embuches comme les jalousies à arbitrer, les difficultés à trouver sa place, les interrogations sur l’autorité. Pour parvenir à dépasser ces obstacles dignes d’un saut de haies aux jeux olympiques, il est nécessaire de comprendre les différents enjeux psychologiques de la décomposition puis recomposition familiale afin que chaque membre puisse y trouver une place en fonction de ses besoins.

Le premier élément ayant un fort impact sur la future recomposition d’une famille est la cause de la décomposition de la cellule familiale d’origine. Est-ce suite à un veuvage ? Est ce suite à un divorce ? Et là encore, quelle est la source de cette séparation ? Une infidélité, un conflit, une maladie ? Car toutes ces épreuves auront de grandes conséquences sur le psychisme de l’enfant et sur sa manière de faire le deuil de sa famille initiale avant d’envisager l’idée d’une recomposition familiale. Ce moment de transition peut être un fort temps d’échange, de dialogue avec l’enfant : que pense t il de ce qui s’est passé, comment l’a-t-il vécu ? Quels sont ses a priori ? Ses inquiétudes ? Ses sentiments (appréhension, rejet) doivent être entendus, considérés et respectés. En effet, s’il n’a pas à décider de la vie privée de ses parents, il est concerné par les changements familiaux. Donc le « ah non tu ne vas pas sortir avec cette hystérique sinon je te pourrie la vie » n’a pas lieu d’être. En revanche, le « je m’inquiète que ta nouvelle chérie prenne toute la place » doit être entendu et parlé. 

L’arrivée du nouveau conjoint du parent constituera une seconde étape majeure dans la démarche de recomposition familiale car elle trace un nouveau cadre pour l’enfant et sa future vie. Il aura donc besoin de temps pour accepter de créer un lien avec l’adulte, nouveau venu dans sa vie,  et par la suite de lui accorder sa confiance. 

La patience est de mise car l’enfant ne doit pas se sentir obligé d’accepter immédiatement le beau-parent. 

Le mot d’ordre est « discrétion » même si le parent brûle d’envie de demander sur un ton badin et faussement détaché : « dis, tu ne trouves pas qu’il/elle est vraiment gentil et très ouvert d’esprit ?  » Induisant peut être au passage un léger sous-entendu « pas comme ton psychorigide de père ou ta coincée de mère ! ». Car l’espace et le temps sont des conditions sine qua none pour développer un rapport d’individu à individu entre l’enfant et le futur beau parent. Cette relation est complexe car elle est un savant mélange  de distance et d’investissement, le beau parent ayant tout de même un rôle éducatif composé d’autorité et de protection

L’intégration familiale est la troisième étape. C’est là que la relation se tisse petit à petit et les limites et le cadre sont posés. Cela passe, par exemple, par le choix du petit nom attribué au beau parent….Cela a l’air anodin, mais la nature ayant horreur du vide, si rien n’est instauré, cela peut très vite dégénérer en « l’autre naze » voire : « la pouf ». Trouver un surnom permettra que la place et le rôle de chacun soient clairement signifiés. 

Le lien se créé aussi en instaurant une relation juste, ce qui ne veut pas dire égalitaire mais équitable. Evidemment, il est impossible de traiter ses propres enfants comme ceux du nouveau conjoint. Ce serait une utopie. Mais il faut en être conscient et tout mettre en œuvre pour essayer de « rencontrer » et considérer chaque enfant de façon adaptée à sa personnalité, à ses besoins. 

D’autant plus qu’il existe de nombreux conflits engendrés par le refus de l’autorité du beau-parent « il se prend pour qui lui ? pour mon père? J’hallucine ! Il croit vraiment qu’il peut me dire quelque chose et que je vais l’écouter? ».  Mais si l’enfant se sent reconnu et accepté tel et pour ce qu’il est, il pourra à la fois s’autoriser à exprimer son agressivité, et à la fois respecter les limites de la loi posées par le beau parent. Jusqu’ici les difficultés rencontrées par les familles recomposées pour créer de bonnes relations sont à peu près les mêmes que celles rencontrées par les familles dites traditionnelles. Là où les choses commencent à se corser d’une manière explosive, c’est lorsque l’enfant est pris dans un conflit de loyauté entre ses beaux parents et ses parents. Il risque de s’interdire une relation avec le beau-parent par crainte de trahir sa mère ou son père absent. Ainsi, élaborer une bonne relation entre le « beau parent » et ses « beaux enfants », n’est possible que si le couple originel a su régler ses conflits et que tout le monde admet la place de chacun dans l’éducation de l’enfant : soi, son ex, mais également « l’autre » conjoint. 

Finalement, les règles d’or des « belles » familles recomposées, sont le respect de chacun, la juste place, l’écoute de l’autre. Alors, si ces règles sont appliquées, Cendrillon et ses belles sœurs iront toutes les 3 au bal et Blanche neige partagera une bonne tarte aux pommes avec sa belle mère. 

 

A VOIR : « La crise » avec Michèle Laroque et Vincent Lindon.

 

LAETITIA HUET, 27 octobre 2011